Pas la carbone (j'essaie de la réduire, celle-là), mais le souvenir que je vais laisser sur cette terre... Je me demande, parfois, ce qu'on retiendra de moi.  Est-ce que je vais marquer les esprits, d'une manière ou d'une autre? Non pas que ce soit mon objectif premier, dans la vie, mais parfois, je me demande... 

Petite, je voulais être écrivain. J'ai écrit des livres, des poèmes, j'ai même envoyé un manuscrit à des éditeurs, mais la plupart m'ont gentiment répondu qu'il ne correspondait pas à leur ligne éditoriale. Pourtant, une fiction sur le Triangle des Bermudes avec des extra-terrestres dedans, ça envoyait du lourd, vous pouvez me croire. 

Si je ne peux pas écrire un roman, très bien, j'écrirais des articles: je me suis auto-promue Journaliste. Mon journal (à peu près mensuel) s'appelait le Précussy . J'avais même créé un logo et la société qui l'éditait s'appelait "Précus, la société qui vous rend fou" (ça se prononçait [précusse]). L'abonnement coûtait un carnet de timbres, soit les frais de port. Et j'avais une machine à écrire électronique sur laquelle je tapais mon journal. Je pensais vraiment qu'un jour, je serais lue partout dans le monde.

Puis j'ai grandi, beaucoup écrit dans un journal "intime" toutes les horreurs qui me passaient par la tête pendant que ma mère ronflait dans un coin, beurrée comme le fruit (et en plus, ça rime). La séparation de mes parents, l'accident bête de ma mère qui s'étouffe avec un bout de pain, l'hôpital, l'odeur de la mort, l'anorexie, la dépression... tout ça s'enchaîne en moins d'un an. J'ai 16 ans et juste envie de disparaître, d'être invisible puisque je ne suis bonne à rien dans tout ça, je l'écris, et quand je le relis, je suis horrifiée de lire tout ce noir. 

Bien plus tard, je commence à bosser, et l'ironie du sort fait que je travaille pour une newsletter, et que j'écris donc des articles. Une vraie petite journaliste, ô joie. Même si on parle capital-risque et fusions-acquisitions. 

Aujourd'hui, j'ai changé de boulot, et je n'écris plus beaucoup. Même sur ce blog, d'ailleurs. Mais j'écris pour laisser un peu une trace. Pour moi. Pour me dire: "Ah oui, tiens, c'est vrai, j'ai fait ça et peut-être que d'autres personnes l'ont vu". Ne plus être invisible, quoi. Même si je n'écris pas d'article sponsorisé, même si je n'ai pas la lightbox pour faire des super mises en scène, même si parfois j'ai l'impression d'être un mouton et que je suis bien loin de mon rêve de gamine. 

J'aimerais laisser une trace, mais je ne suis pas sûre de savoir laquelle, en fait. Je n'ai pas abandonné l'idée d'écrire "un livre pour de vrai". Je n'arrive déjà pas à écrire mon CV pour changer de boulot, donc autant vous dire que ce n'est pas gagné. 

Quelque part, j'ai déjà laissé 3 empreintes avec des mèches folles impossibles à coiffer. 3 petites empreintes qui rigolent et qui me font des câlins, qui comptent sur moi (pour manger, ne serait-ce que ça) et qui m'aiment, je crois, inconditionnellement. Normalement, je devrais leur laisser un souvenir un peu moins embué que celui que m'a laissé ma mère (que j'aime à la folie, entendons-nous bien, mais notre relation mère-fille aujourd'hui est compliquée par un syndrome frontal et un fauteuil roulant qui ne rentre pas dans ma voiture). 

Mais je crois que j'ai envie d'autre chose. J'ai envie qu'on se dise "tu as lu le dernier article / bouquin de Bebloom? top, non?". OK, ya du boulot. Mais j'ai le droit de rêver, non?